La paléographie hébraïque médiévale

 

Les paléographies latines et grecques sont anciennes : Le De re diplomatica, publié en 1681 par Jean Mabillon fonda la paléographie latine. La paléographie grecque commença en 1708, avec la publication de la Palaeographia Graeca de Bernard de Montfaucon. Ces disciplines sont particulièrement bien représentées en France.

 

Depuis 1950, ont été bâties d'autres paléographies, et parmi elles la paléographie hébraïque. Toutes les paléographies s'accordent sur le fait que les formes des lettres évoluent dans le temps et le lieu, comme changent les supports de l'écriture (parchemin ou papier), la forme des documents et des livres (d'abord les rouleaux et, plus tard, des codices, les livres en cahiers, ceux qui sont aujourd'hui imprimés) et comme changent les contextes sociaux et technologiques.

 

Au cours de leur développement, les paléographies se sont divisées en deux branches d'étude :

 

A. La codicologie décrit les détails concrets et matériels de l'objet « manuscrit » liés au temps et aux lieux géographiques et culturels : Islam, Europe chrétienne ou zone byzantine.

B. La paléographie proprement dite identifie les mains des individus écrivant. Les formes de l'écriture sont également dépendantes du temps, du lieu et du milieu culturel. Mais chaque homme a une écriture personnelle: les formes apprises durant l'enfance sont conservées toute la vie. De plus, les traditions d'écriture sont moins sujettes au changement que ne le sont les objets matériels qui évoluent au gré des innovations techniques.

 

A. La codicologie

Un projet d'élaboration de la paléographie hébraïque fut rédigé par Malachi Beit-Arié et moi-même fin 1965. Ce projet fut adopté par le Comité de paléographie créé dans le cadre de l'Académie des Sciences et des Lettres d'Israël et vigoureusement présidé par le Professeur Gershom Scholem. En même temps (mai 1966) se créait un Comité de paléographie hébraïque français, présidé par Georges Vajda, appuyé par Jeanne Vieillard, directrice de l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes. Nos travaux faisaient partie de l'Accord culturel France-Israël.

 

Pour construire la paléographie hébraïque, c'est par la codicologie qu'il fallait commencer car elle est basée sur des observations quantifiées. Des questionnaires, remplis par les équipes israélienne et française, décrivent les manuscrits datés (et quelquefois localisés) et ils nous ont fourni les détails codicologiques, matériels, mesurables, qui nous ont permis de dresser une carte de la copie des manuscrits hébreux sur une base historique et géoculturelle plus ou moins assurée, selon la proportion du nombre des manuscrits datés par rapport à ceux qui ne le sont pas.

 

Ces nombres varient beaucoup selon les périodes et les zones géographiques. De l'antiquité jusqu'à 900 de notre ère, il reste à peu près160 fragments datables (ils proviennent tous d'Egypte), un seul d'entre eux est daté. Entre 1000 et 1200, 101 volumes sont explicitement datés et, entre 1200 et 1280, une autre centaine de manuscrits le sont également. Pour ces deux périodes, on ne connaît pas le nombre des manuscrits datables (car ce sont essentiellement des fragments de Genizah et ils n'ont pas encore été réunis en volumes). Presque tous les livres proviennent de l'Orient musulman. Le premier manuscrit écrit en Europe chrétienne (Otrante, Italie) date de 1073/1074. Entre 1280 et 1540, provenant de toutes les zones géo-culturelles où résidaient les juifs, près de 3000 volumes sont datés (soit environ 5% des manuscrits datables). Durant cette période, bien documentée, on peut attribuer aux manuscrits datables une localisation et une datation très probables, avec une marge d'erreur de cinq à cinquante ans.

 

Ces travaux, menés par les deux équipes durant près de cinquante ans, sont désormais terminés. Les publications ont été nombreuses. De plus,  M. Beit-Arié a réalisé une base de données codicologiques : Sfardata, la première qui ait été réalisée pour des manuscrits médiévaux (http://sfardata.nli.org.il/sfardataweb/home.aspx).

 

B. La paléographie

L’écriture hébraïque médiévale présente, dans ses variations temporelles et géo-culturelles, une unité graphique qui s’étend à tous les matériaux utilisés : parchemin et papier mais aussi pierre, bois, métal. On y trouve trois genres :

1) carrée et calligraphique ;

2) mi-carrée, mi-cursive ;

3) rapide et cursive.

Le choix d’un genre ou d’un autre dépend autant du support que du texte : par exemple, les graphies carrées et calligraphiques furent utilisées pour la Bible et pour les pierres tombales, la graphie rapide et cursive pour les codices comme pour la plupart des documents légaux.

 
La paléographie ne s'applique pas qu'aux codices; ils sont les plus nombreux mais d'autres genres de d'
« écrits » furent utilisés par les juifs. Pierres et documents sont non seulement datés mais aussi localisés. Tous (rouleaux, inscriptions, documents) sont donc nécessaires si l'on veut réaliser une étude complète de l’écriture hébraïque. Leur publication a commencé dans la Series hebraica des Monumenta paleographica Medii Aevi.
 
1. Les rouleaux
L’écriture hébraïque la plus calligraphique est celle qui fut écrite sur les rouleaux du Pentateuque lus durant la prière à la synagogue, les Sifrey Torah (Il ne reste du Moyen Âge aucun rouleau d’Esther). Il existe encore d’assez nombreux rouleaux médiévaux; aucun ne porte de date mais comme leurs matériaux, leurs formats, leurs écritures diffèrent selon le lieu et le temps, ils sont aussi datables et localisables que le sont les codices. L’étude reste à faire.
 
2. Les inscriptions gravées, l'épigraphie
On trouve des inscriptions tombales et synagogales du IXème siècle en Italie du Sud ; à partir du XIème siècle, on en trouve aussi en Espagne et en Ashkenaz, et aussi quelques-unes en France à partir du XIIème siècle. Un volume d'inscriptions funéraires d'Espagne a paru en 2004.
 
3. L'étude des documents juridiques, la diplomatique
Les documents les plus anciens proviennent de Catalogne et d'Allemagne (XIème siècle). En Angleterre, ils commencent au XIIIème siècle. Le premier volume de diplomatique hébraïque concerne les documents anglais; il est terminé et se trouve chez l'éditeur.
 

            

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